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Une journée à Bobigny

lundi 10 avril 2006 à 21:38

La semaine dernière, j’ai été amené à plaider devant la 17ème chambre correctionnelle à Bobigny, c’est-à-dire la chambre qui traite les comparutions immédiates.

Autant le dire tout de suite, les audiences de cette chambre (mais c’est également valable pour d’autres) peuvent se terminer très tard tout en commençant à 13 heures.

Me voila donc parti pour une longue après-midi.

Je passe sur les détails de l’affaire, un bon père de famille qui profite d’une opportunité pour acheter 50 cartouches de cigarettes de contrebande afin de payer son crédit immobilier et assurer un peu de confort à sa fille (c’est du moins sa présentation des choses :))

Le Président appelle les affaires au fil du rôle d’audience.

Problème, entre chaque affaire, le tribunal est contraint de suspendre l’audience car le service d’escorte des prévenus n’est pas assez fourni ce jour la.

Les policiers doivent donc redescendre les prévenus au dépôt puis remonter le suivant.

Le record de la journée, 50 minutes pour faire un aller-retour, c’est-à-dire descendre 3 étages.

Le comble ? Dans la salle d’à côté sont jugés 7 ex-policiers du Commissariat de Saint Denis auxquels on reproche pour les uns des agressions sexuelles (qui à mon sens relèvent plus du viol) sur des prostituées, des vols divers et variés et autres choses sympathiques.

Alors qu’à la 17ème nous manquons de policiers, ici la salle en est pleine, prévenus pour certains (deux sont détenus depuis 2004), témoins accusateurs pour d’autres, spectateurs pour la plupart voire supporters, sans compter les journalistes.

Bilan de la journée, alors que je suis la depuis midi, vers 20 heures le Tribunal s’aperçoit que la victime de mon dossier (les douanes) n’a pas été avisée de l’audience (on s’en serait bien passé du côté de la défense) et qu’au surplus il a été impossible de se procurer le casier judiciaire de mon client (allez comprendre comment cela est possible).

Il va donc falloir renvoyer l’affaire. Après une brillante et vibrante plaidoirie qui ne fait que reprendre les non moins brillantes réquisitions de placement sous contrôle judiciaire prises par le Procureur de la République, le Tribunal s’incline !

Le prévenu reviendra libre dans 3 semaines.

Dans la salle d’à côté, les débats se poursuivent, les prévenus ont la tête basse. Les regards sont graves car la présidente (un bon magistrat qui connaît parfaitement ses dossiers) ne laisse rien passer.

Le délibéré a été prononcé aujourd’hui et les sanctions sont tombées : 4 années de prison fermes pour l’un des prévenus, 3 pour un autre, une relaxe.

Comme quoi la justice sait aussi sanctionner ceux qui parmi nos anges gardiens franchissent la ligne blanche.

Rassurant ?


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