Archive pour jeudi 24 mai 2007 à 01:27

Parole, parole, parole …

jeudi 24 mai 2007 à 01:27

Le 8 décembre 2004, Christian Vanneste (député UMP du Nord) tenait les propos suivants alors qu’il s’exprimait à l’Assemblée Nationale:

C’est simplement logique ! Vous êtes en train, pour lutter contre la discrimination, de défendre une séparation entre les sexes ! C’est complètement absurde ! L’idée même d’homophobie tend à accréditer l’idée que le comportement homosexuel a la même valeur que d’autres comportements, alors qu’il est évidemment une menace pour la survie de l’humanité

Ces propos repris par la Voix du Nord, il les défendra les jours suivants dans les médias, ainsi aux questions de TF1, il répondra:

L’homosexualité est un comportement culturel, acquis, de l’ordre du réflexe, sans doute acquis dans un âge précoce, mais comme tous les comportements réflexes plutôt négatifs, on peut parfaitement l’inhiber ou le rééduquer. Très rarement cela peut s’expliquer par la génétique ou la programmation naturelle. A partir de là, si on l’encourage, cela risque d’être très nocif pour la société.

Ces propos lui ont valu une condamnation par le Tribunal Correctionnel de Lille le 24 janvier 2006 pour injures en raison de l’orientation sexuelle. La Cour d’Appel de Douai à confirmer ce jugement le 25 janvier 2007 (3000 € d’amende) (A noter que Monsieur Vanneste a formé un pourvoir en cassation).

A la suite de cette condamnation, Nicolas Sarkozy interrogé le 31 janvier 2007 par le Figaro sur le sort de Monsieur Vanneste en vue des prochaines élections législatives avait déclaré:

Quel va être le sort du député UMP Christian Vanneste, condamné pour des propos homophobes ?

Il ne sera pas réinvesti aux législatives. Je condamne fermement ce qu’il a dit. Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes. Depuis des années, j’accomplis un travail en profondeur sur l’ordre, le travail, la responsabilité, le respect. J’ai trop souffert d’une droite qui ne défendait pas ses idées pour prendre le risque de saboter cet effort en acceptant des propos caricaturaux.

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Or on a appris ces derniers jours que Monsieur Vanneste bénéficierait de l’investiture du parti CNI qui se trouve être associé à l’UMP.

Les responsables nordistes de l’UMP ne se cachent pas de ce soutien à Monsieur Vanneste qui a d’ailleurs été récemment été convié avec l’ensemble des députés UMP à un petit déjeuner à Matignon.

Thierry Lazaro, secrétaire de l’UMP-Nord a déclaré au Monde:

“De facto, nous soutenons Christian Vanneste, investi par le CNI, car il a le soutien des militants locaux de l’UMP, du secrétaire départemental, etc., précise-t-il. Mon boulot, c’est l’équité, elle n’a pas toujours été respectée lors de son procès. Christian Vanneste est un homme de terrain, que nous jugeons sur son efficacité dans cette circonscription.”

Monsieur Vanneste affiche haut et fort ce soutien en publiant sur son blog la lettre reçue de Patrick OLLIER, député UMP et “accessoirement” président de l’Assemblée Nationale.

Voila une bien belle façon de tenir ses engagements et de faire passer des considérations purement électorales (électoralistes ?) avant des convictions. A moins que j’ai mal compris notre nouveau président lorsqu’il se présente comme un ardent défenseur de la tolérance et de la diversité.

L’humain et le pénal, deux éléments inséparables

vendredi 11 mai 2007 à 00:32

Hier j’ai assisté devant le tribunal correctionnel un individu qui m’a inspiré ce billet.

L’individu pourrait être qualifié de client institutionnel puisqu’en l’espace de 2 années, je l’ai déjà assisté 3 fois pour 3 condamnations dont l’une l’a envoyée en prison pour 6 mois. D’autres le qualifieraient de multirécidiviste. Et voila que je reçois un mail m’avisant d’une comparution immédiate (le Parquet chez nous se met à l’informatique !) concernant Monsieur X.

Il est poursuivi pour un recel de vol de scooter. Il reconnait les faits et indique avoir vu le scooteur appuyé contre un mur avec les clés dessus et décidé de « l’emprunter » comme il dira aux services de Police.

Le hic, c’est qu’il est en état de récidive pour avoir été condamné l’année dernière pour les mêmes faits sauf qu’à l’époque il s’agissait d’un vélo volé ! Et la précédente condamnation concernait un vol.

Le second hic, c’est qu’il est sorti de détention au mois d’août 2006 et le casier fait mention de 5 autres condamnations certes anciennes mais tout de même.

Ca se présente mal me dis-je.

Petite particularité, le Parquet a fait réaliser une expertise psychiatrique rapide alors qu’elle n’est absolument pas obligatoire. L’expert ne conclut pas à une abolition ou une altération du discernement, autrement dit ce Monsieur est pénalement responsable de ses actes.

Mais l’expert relève en revanche une immaturité importante chez cet individu de … 41 ans qui se comporte par moment comme un adolescent de 15 ans.

Arrive alors l’audience, le client est toujours très loquace : « Bonjour Madame le Président, bonjour Mesdames les assesseurs et bonjour Madame l’Avocat général »

Le Tribunal sourit, la parquetière aussi de se voir ainsi promu.
Elle lui répond : « Pas encore Monsieur, je ne suis que Substitut du Procureur».
Le client insistant : « Je ne doute pas que cela viendra un jour Madame le Procureur ».

Connaissant l’énergumène, je le rappelle un peu à l’ordre car il ne faut quand même pas oublier ou nous sommes. Or de question qu’il fasse de l’humour lorsqu’on va évoquer les faits.

Pourtant, toute l’audience va se dérouler sur ce ton et le tribunal semble apprécier le ton parfois enfantin utilisé par le prévenu.

Le Parquet rappelle que malheureusement malgré les condamnations précédentes le message ne semble pas avoir été entendu. Réquisitions : 12 mois d’emprisonnement dont 6 avec sursis mise à l’épreuve avec obligation de soins pendant deux années.

Lorsque je plaide j’évoque d’autres affaires au cours desquelles j’ai assisté le client pour mettre en avant son comportement en décalage total avec son âge et même avec sa situation. Il est pâtissier de formation et a des revenus d’environ 1800 € par mois, vit chez ses parents. Il sort dit-il d’un stage formation chez un grand pâtissier parisien.

J’évoque à ce stade les termes du procès-verbal de perquisition rédigé par les services de Police qui disent avoir fouillé sa chambre qui ressemble plus à celle d’un adolescent qu’à celle d’un homme de 40 ans.

Je plaide pour une peine qui prenne en compte cette immaturité qui nécessite selon moi une prise en charge psychologique et la mise en place d’une obligation de soin pour traiter la question de la toxicomanie.

Je suis toutefois sceptique.

Résultat des courses : 4 mois sursis avec l’obligation d’accomplir un TIG de 100 heures (Je ne saisis pas pourquoi le tribunal n’a pas eu recours au sursis mise à l’épreuve).

Le client est heureux et dit à la Présidente « Je sors donc ce soir mais si j’ai bien compris j’ai un délai de 10 jours pour faire appel ? ». Je deviens tout rouge et alors que je m’apprête à intervenir, il enchaine « Je plaisante Madame le Président ».

Le Tribunal ne bronche pas.

Ouf.

Alors vous me direz, pourquoi avoir évoqué ce dossier somme toute assez ordinaire ?

Et bien tout simplement parce que si au jour de l’audience, le texte sur les peines planchers avaient été en vigueur, le Tribunal n’aurait eu d’autre choix que d’incarcérer ce récidiviste dont pourtant et manifestement la place n’est pas en prison.

Ce dossier est l’illustration parfaite du principe de personnalisation des peines (principe à valeur constitutionnelle et incorporé au code pénal). Le Tribunal juge des faits mais aussi un homme avec son vécu, ses expériences, ses qualités, ses défauts. L’idée est donc qu’une même infraction commise par deux individus naturellement différents ne doit pas être jugée de la même manière et surtout pas de façon automatique même dans le cas d’une récidive.

1 condamnation + 1 nouvelle infraction = 6 mois pas moins ! Surement pas.

Le droit pénal contient cette part d’humain qui fait qu’il est impossible d’en faire une simple question technique et mathématique.

Pour certains délinquants, il est clair que l’emprisonnement, la sévérité sont malheureusement parfois les seules solutions. Parce qu’ils ne prennent pas conscience de leur situation, parce qu’on ne décèle pas chez eux une évolution positive possible.

Mais pour d’autres, c’est tout le contraire. Parce qu’entre la date de commission de l’infraction et la date du jugement il s’est écoulé deux années mises à profit par le prévenu pour se reconstruire, trouver un emploi, fonder une famille, se faire une respectabilité ou que sais-je encore. Parfois, on sent à l’audience une véritable prise de conscience.

Et tout ce que je viens d’évoquer doit être étudier au cas pas cas pour ensuite dégager la sanction la plus adaptée afin d’atteindre l’efficacité de la peine.

Le système des peines planchers remet tout cela en cause car quand le magistrat voudra infliger une peine différente de la peine plancher, il ne le pourra pas. Que pourra-t-il alors faire ? Relaxer le prévenu alors qu’il est coupable ? Prononcer une peine contraire aux textes ?

Bien évidement le magistrat appliquera la loi en constatant qu’il est privé de son pouvoir souverain d’appréciation.

Pour le détail du projet, je vous renvoie au post détaillé rédigé par EOLAS qui expose très clairement le danger de ce système.

Le système est d’autant plus critiquable que je le considère comme une mesure de défiance à l’égard des magistrats. Et quelque part, ne veut-on pas imposer des peines minimales parce qu’on estime que les magistrats sont trop peu sévères ? C’est pourtant un thème déjà entendu dans la bouche du nouveau Président.

Alors attendons maintenant avec vigilance le texte dont on nous promet qu’il sera voté cet été (pendant les vacances ca passera mieux)
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Update: Petit complément tout frais, un article du monde sur les peines planchers et la suppression de l’excuse de minorité.

On y lit des choses formidables dans la bouche d’Emmanuelle Mignon directrice des études à l’UMP:

Le juge pourra appliquer des peines supérieures dès la deuxième infraction, mais il ne pourra pas aller en deçà de ces différents planchers. “Le juge peut ne pas condamner”, explique Emmanuelle Mignon

Ah, donc si on comprend bien ce que nous dit cette charmante dame, un juge face à un récidiviste, qui ne pense pas que la solution soit la prison à tout prix pourra ne pas le condamner, autrement dit pourra le relaxer ?

Ca risque de ne pas faire plaisir à notre Président qui ne manquera pas de crier au scandale. On lui rappelera alors les paroles de Madame Mignon.

“Emmanuelle Mignon ne souhaite pas que le texte (sur l’excuse de minorité) puisse apparaître comme “trop brutal”. Les juges ont déjà, aujourd’hui, la possibilité d’écarter l’excuse de minorité. “Nous voulons que cela devienne systématique, explique Mme Mignon, “nous avons des juges qui font exprès de faire jouer l’excuse de minorité et un jeune de 17 ans et neuf mois est jugé de façon laxiste.”

Quand je vous dis qu’à travers ces textes, c’est aussi aux magistrats qu’on s’en prend …

Un parti politique comme on en voudrait en france !

samedi 05 mai 2007 à 09:58

Vu chez Kag un site qui mérite le détour et vous réconciliera avec la politique !

A suivre jusqu’au bout.

Appel du collectif Besoin de Justice

mardi 01 mai 2007 à 19:18

Il y a quelques semaines maintenant, le Collectif BESOIN DE JUSTICE est né de l’idée d’un substitut du Procureur de Pontoise et d’un avocat au Barreau du Val d’Oise entre autres. L’objectif affiché est d’organiser un débat autour de la justice de demain au delà des appartenances politiques.

L’idée est surtout que notre justice repose sur quelques principes forts, un socle qui se doit d’être défendu, renforcé et autour duquel il convient de travailler.

Une première réunion de présentation du Collectif a eu lieu le 5 avril dernier à la Maison de l’Avocat du Barreau du Val d’Oise. 70 à 80 personnes étaient présentes venant d’horizons très variés: Avocats, magistrats du parquet, quelques uns du siège, éducateurs … ou simples justiciables.

Bien que le Collectif se veuille sans étiquette politique, il a décidé de publier un communiqué en vue du second tour de l’élection présidentielle. Le texte se trouve ci-après et peut également être consulté sur le site (provisoire) du Collectif:

BESOIN de JUSTICE

« Demain, il sera trop tard »

Le 6 mai prochain, les citoyens feront un choix entre deux candidats à la Présidence de la République. Le collectif « Besoin de Justice », dans le respect des opinions de chacun, souhaite attirer l’attention de ceux qui s’intéressent à la Justice sur le fait que deux projets très différents leur sont présentés.

Le programme de monsieur Sarkozy, qui semble vouloir poursuivre une entreprise de décrédibilisation entamée depuis plusieurs années (cf. notamment ses critiques incessantes et souvent mal informées de décisions prises par des juridictions) nous inquiète car il comporte des mesures qui dégraderaient la qualité de la Justice. Parmi celles-ci, les plus graves nous paraissent :

- L’instauration de « peines planchers », qui, en fixant des sanctions minimales automatiques, porte atteinte à l’individualisation des peines, au pouvoir d’appréciation des juges, ainsi qu’aux possibilités de la défense, conditions d’une justice humaine.

- La suppression de l’atténuation de peine pour certains mineurs, qui, outre qu’elle les transformerait fictivement en « majeurs », aboutirait à une augmentation très importante des détentions de jeunes de moins de 18 ans.

- Le projet de fermer de nombreux établissements judiciaires (un tribunal de grande instance sur deux dans le projet de l’UMP et plusieurs cours d’appel) qui rendrait plus difficile l’accès à la justice, déjà très perfectible.

Conscients de la crise de l’institution judiciaire, mais aussi de son rôle essentiel comme instance indépendante, inspirant confiance, nous souhaitons une réforme intelligente, scrupuleuse et non démagogique de la Justice. C’est la raison pour laquelle nous appelons les citoyens, tous potentiellement concernés, à refuser la rupture brutale ainsi proposée.

Besoin de Justice regroupe des professionnels (magistrats, avocats, éducateurs, travailleurs sociaux…) impliqués dans le fonctionnement de l’institution judiciaire et réunis par une référence commune à la lutte contre les inégalités sociales (y compris les inégalités d’accès au droit). Nous souhaitons ouvrir la porte à un débat public, informé, décloisonné et citoyen sur la Justice.

Pour tout contact : besoin-de-justice@laposte.net


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