Arche de Zoe, la convention Franco-Tchadienne d’entraide judiciaire
Nul besoin de rĂ©sumer cette affaire tant elle occupe nos mĂ©dias actuellement. Toutefois, aujourd’hui il est possible de l’examiner sous un angle juridique.
Dans un premier temps, le gouvernement par l’intermĂ©diaire du Premier Ministre, de Rama YADE (mais aussi Madame DATI, hier encore) a toujours mis en avant le fait que le Tchad est un pays souverain qui doit ĂŞtre Ă mĂŞme de juger les faits commis par des français sur son territoire.
Dans un second temps un procès en France a été évoqué et même souhaité par nos gouvernants (sans compter les familles des personnes mises en cause).
3 journalistes français et 4 hĂ´tesses de l’air ont pu regagner la France et l’Espagne suite Ă une remise en libertĂ©.
Mais aujourd’hui, Nicolas SARKOZY est allĂ© plus loin affirmant qu’il irait « chercher tous ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait », ajoutant que «le rĂ´le du chef de l’Etat est de prendre en charge tous les Français ».
Mais que prĂ©voit donc cette convention internationale signĂ©e entre la France et le Tchad dont on ne cesse de nous rĂ©pĂ©ter qu’elle permet que les intĂ©ressĂ©s soient jugĂ©s en France ?
L’Accord en matière judiciaire entre le gouvernement de la RĂ©publique française et le gouvernement du Tchad a Ă©tĂ© signĂ© le 6 mars 1976 et est entrĂ© en vigueur le 30 avril 1978.
Ce texte comporte 4 titres, les deux premiers et le dernier Ă©tant sans intĂ©rĂŞt pour notre exposĂ©, c’est donc le titre III intitulĂ© « extradition » qui a son importance.
L’article 43 dispose:
« Les parties contractantes s’engagent Ă se livrer rĂ©ciproquement, selon les règles et sous les conditions dĂ©terminĂ©es aux articles suivants, les individus qui, se trouvant sur le territoire de l’un des deux Etats, sont poursuivis ou condamnĂ©s par les autoritĂ©s judiciaires de l’autre Etat. »
Si un individu qui se trouve en France fait l’objet de poursuites pĂ©nales ou d’une condamnation au Tchad, la France s’engage Ă le livrer aux autoritĂ©s Tchadiennes si elles en font la demande. Et vice versa.
La convention prĂ©voit toutefois une limite de taille au terme de l’article 44:
Les parties contractantes n’extradent pas leurs nationaux respectifs.
Mais cette hypothèse n’est pas la nĂ´tre puisque ce sont des français qui sont actuellement dĂ©tenus au Tchad pour des faits qui auraient Ă©tĂ© commis au Tchad. Les autoritĂ©s Tchadiennes pourraient donc extrader les membres français de l’association pour qu’ils soient jugĂ©s en France puisqu’une information judiciaire a Ă©tĂ© ouverte Ă Paris confiĂ©e Ă deux juges d’instruction.
Mais car il y a mais, l’article 49 de la Convention dispose:
L’extradition est refusée :
c) Si les infractions ont été commises en tout ou en partie sur le territoire de l’Etat
requis ;
Le Tchad est donc aujourd’hui en droit de refuser l’extradition des français dĂ©tenus dans cette affaire.
Si comme on a pu le lire la justice Tchadienne est indépendante, on ne saisit alors pas comment notre Président pourrait aller chercher nos compatriotes sur place (sauf à faire de la politique et non du droit ce qui est tout à fait envisageable).
De plus, la pression populaire sur place n’inscitera surement pas les autoritĂ©s locales Ă faire droit Ă une demande d’extradition (pour autant qu’elle soit prĂ©sentĂ©e par la France).
PrĂ©cisons que les journalistes et hĂ´tesses de l’air libĂ©rĂ©s font toujours l’objet de poursuites au Tchad et qu’ils ont simplement Ă©tĂ© remis en libertĂ© et placĂ©s sous contrĂ´le judiciaire d’après les informations disponibles sur le site du Ministère des Affaires Etrangères.
Est-ce d’ailleurs si dramatique que ces gens soient jugĂ©s sur place ?
N’y a t’il pas eu des cas de français jugĂ©s Ă l’Ă©tranger et condamnĂ©s parfois sĂ©vèrement ? Le 29 mai dernier. Serge Areski Atlaoui, 43 ans, un Français originaire de Metz, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă mort par la Cour suprĂŞme de Jakarta en IndonĂ©sie pour avoir participĂ© Ă un trafic de stupĂ©fiants.
Le Figaro dans un article en date du 16 juin dernier rappelle que 1710 Français sont dĂ©tenus Ă l’Ă©tranger.
L’un d’entre eux attend son exĂ©cution dans une prison de Louisiane. Notre gouvernement se mobilise t’il pour Ă©viter cette exĂ©cution alors que la peine de mort n’est plus en vigueur dans notre pays depuis plus de 20 ans ?
A mon sens, la dĂ©marche du gouvernement n’a de sens qu’Ă partir du moment ou on est certain que les mises en cause ne pourront bĂ©nĂ©ficier d’un procès Ă©quitable au Tchad.
J’avoue ne pas avoir de connaissances particulières de la justice Tchadienne pour me prononcer clairement sauf Ă dire que le Tchad est loin d’ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un Ă©tat dĂ©mocratique.
Reste tout de mĂŞme que le Ministère des Affaires Etrangères a mis en Ĺ“uvre la protection consulaire au profit des personnes dĂ©tenues ce qui permet au Consul local d’ĂŞtre informĂ© du motif de l’arrestation, de leur rendre visite et de s’assurer ainsi du respect des lois et règlements locaux et d’une façon plus gĂ©nĂ©rale de mettre en place une assistance matĂ©rielle.