Eurotunnel en état de cessation des paiements ?

On apprend ce matin qu’Eurotunnel aurait dĂ©posĂ© auprès du Tribunal de Commerce de Paris une demande d’ouverture d’une procĂ©dure de sauvegarde après l’Ă©chec des dernières nĂ©gociations avec ses crĂ©anciers.
Cette nouvelle me paraĂ®t surprenante lorsque l’on connaĂ®t le mĂ©canisme de la procĂ©dure de sauvegarde.
Pour information, cette procédure a été mise en place par la Loi n°2005-845 du 26 juillet 2005 qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2006.
Ce texte partiellement inspiré du Chapter 11 du Bankruptcy Code en vigueur aux Etats Unis a pour objectif de permettre à une entreprise de demander à bénéficier d’un traitement judiciaire de ses difficultés, sans attendre l’état de cessation de paiements, dans le but d’élaborer un plan de sauvegarde de l’entreprise avec ses créanciers.
En rĂ©sumĂ©, il s’agit de tenter une conciliation avec l’ensemble des crĂ©anciers d’une entreprise pour aboutir Ă un plan conventionnel, le tout sous le contrĂ´le d’un administrateur judiciaire sans pour autant que le dirigeant de l’entreprise ne perde le contrĂ´le de celle-ci.
Je ne rentre pas dans le dĂ©tail de la procĂ©dure puisque l’aspect que je souhaite Ă©voquĂ© est tout autre.
En effet, pour bĂ©nĂ©ficier d’une procĂ©dure de sauvegarde, l’entreprise ne doit pas ĂŞtre dĂ©jĂ en Ă©tat de cessation de paiement (au quel cas, seule une procĂ©dure de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire peut ĂŞtre ouverte) Article L621-12 du Code de Commerce.
Classiquement la dĂ©finition de l’Ă©tat de cessation des paiements s’analyse comme l’impossibilitĂ© pour l’entreprise de faire face Ă son passif exigible avec son actif disponible.
Que dire alors de la situation d’Eurotunnel ? Que dire d’une entreprise qui depuis son existence n’a jamais connu un exercice bĂ©nĂ©ficiaire (sauf en 2002 avec cette rĂ©serve que le bĂ©nĂ©fice de l’exercice Ă©tait exceptionnel et liĂ© au simple rachat d’une partie de la dette de l’entreprise), dont on ne cesse de nous dire que sa dette s’accroĂ®t en raison de l’appel Ă de nouveaux financements.
N’est-on pas en droit de penser (sans bien sĂ»r avoir accès aux documents comptables de l’entreprise) qu’Eurotunnel est une entreprise sous perfusion et qui n’est maintenue en activitĂ© que de façon artificielle?
On pourrait me rĂ©pondre qu’il est impensable de voir une telle entreprise « dĂ©poser son bilan » comme on dit communĂ©ment.
Peut-ĂŞtre sauf que la loi fait obligation au dirigeant d’une entreprise qui a connaissance de l’Ă©tat de cessation des paiements de dĂ©poser une dĂ©claration de cessation des paiements dans un dĂ©lai de 45 jours Art. L631-4 du Code de Commerce.
le dirigeant qui ne respecte pas ce dĂ©lai est susceptible de faire l’objet de sanctions par le Tribunal de Commerce.
L’article L653-3 du Code de Commerce prĂ©voit ainsi la possibilitĂ© de prononcer la faillite personnelle du dirigeant qui a poursuivi abusivement une exploitation dĂ©ficitaire qui ne pouvait conduire qu’Ă la cessation des paiement.
De mĂŞme, l’article L653-8 du Code de Commerce permet de prononcer une interdiction de gĂ©rer Ă l’encontre du dirigeant qui n’aurait pas effectuĂ© la dĂ©claration de cessation de paiement dans le dĂ©lai de 45 jours.
Quel est alors l’objectif d’Eurotunnel Ă travers sa dĂ©marche ? A mon sens, gagner du temps pour forcer un accord avec ses crĂ©anciers.
Attendons maintenant de voir ce que le Tribunal de Commerce de Paris va dĂ©cider notamment sur l’existence ou non de l’Ă©tat de cessation des paiements d’Eurotunnel.
UPDATE:
Le Tribunal de Commerce a décidé de proroger son délibéré au 2 août 2006.
13 juillet 2006 à 12:13
Si j’ai bien compris les commentaires de France Info ce matin (pas sĂ»r), Eurotunnel ferait des bĂ©nĂ©fices si elle n’avait pas autant d’intĂ©rĂŞts Ă payer sur ses dettes. Du coup les dirigeants disent que c’est possible de maintenir l’activitĂ©, si les crĂ©anciers lâchent un peu de lest.
Wait and see…
13 juillet 2006 à 12:26
C’est de toute façon une question que le tribunal de commerce va devoir se poser pour juger de la recevabilitĂ© de la demande de sauvegarde.
Si l’Ă©tat de cessation des paiements est avĂ©rĂ©, le Tribunal n’aura pas d’autre choix que d’aller vers un RJ ou une LJ.
13 juillet 2006 à 15:35
Le délibéré a été fixé au 25 juillet 2006