La position des candidats Ă  l’election prĂ©sidentielle sur la nĂ©cessaire rĂ©forme du système pĂ©nitentiaire français

Au mois de novembre dernier, l’Observatoire International des Prisons (O.IP.) rendait public les rĂ©sultats des Ă©tats gĂ©nĂ©raux de la condition pĂ©nitentiaire .

Cette opĂ©ration dĂ©cidĂ©e en janvier 2006 avait pour but de mettre en Ĺ“uvre une rĂ©flexion d’ensemble sur l’Ă©tat de nos prisons mais Ă©galement la place de la prison dans notre sociĂ©tĂ©.

A cette fin, l’OIP a rĂ©digĂ© un questionnaire qui a Ă©tĂ© adressĂ© Ă  tous les dĂ©tenus de France mais Ă©galement mis en ligne Ă  disposition des familles de dĂ©tenus, magistrats de l’application des peines, avocats, personnels pĂ©nitentiaires et Ă  tous les intervenants dans ce milieu.

Le retour a semble t’il Ă©tĂ© assez surprenant puisque plus de 15.000 personnes ont rĂ©pondu au questionnaire dont une grande majoritĂ© de dĂ©tenus. 25% des personnes dĂ©tenues en France ont ainsi saisi l’occasion qui leur Ă©tait donnĂ©e de s’exprimer.

Je vous invite Ă  consulter la synthèse des rĂ©sultats de cette consultation sur le site de l’OIP.

Ce qu’on peut retenir d’intĂ©ressant c’est notamment que les revendications des dĂ©tenus ne tentent pas vers un vĂ©ritable confort au sein des Ă©tablissements pĂ©nitentiaires mais bel et bien vers l’exigence des conditions matĂ©rielles d’existence Ă©lĂ©mentaires.

La question de l’hygiène est ainsi une des principales revendications ainsi qu’un renforcement de l’intimitĂ© du dĂ©tenu. Est Ă©voquĂ©e par exemple la crĂ©ation de sanitaires permettant le respect de l’intimitĂ©. On comprend que devoir faire ses besoins sous les yeux de codĂ©tenus n’est pas forcĂ©ment est loin d’ĂŞtre satisfaisant en terme de dignitĂ©.

La seconde prĂ©occupation des dĂ©tenus est le renforcement et l’amĂ©lioration des relations avec la famille.

D’une façon gĂ©nĂ©rale, les dĂ©tenus mettent en avant le non respect de leurs droits fondamentaux en dĂ©tention. L’occasion peut ĂŞtre de rappeler qu’une peine de prison ne devrait ĂŞtre en thĂ©orie qu’une privation de la libertĂ© d’aller et venir et non pas la privation d’autres droits attachĂ©s Ă  la personne.

Les autres acteurs interrogĂ©s, principalement les magistrats et les surveillants, mettent en avant la nĂ©cessitĂ© d’une vĂ©ritable prise en charge mĂ©dicale des personnes qui relèvent de la psychiatrie pour qui la prison n’est pas adaptĂ©e.

Ces personnes sont malheureusement nombreuses.

Ils soulignent non seulement que la prison n’est pas Ă©quipĂ©e pour traiter ces personnes mais qu’au surplus leur prĂ©sence en prison pose des problèmes de sĂ©curitĂ© notamment Ă  l’Ă©gard des autres dĂ©tenus.

Le souci est toutefois que les structures d’accueil de ces personnes hors milieu carcĂ©ral sont parfois en manque de moyens pour offrir une solution viable. Je me suis parfois demandĂ© si certains experts psychiatres ne modifiaient pas quelque peu leur diagnostic pour tenir compte de cette rĂ©alitĂ© matĂ©rielle et Ă©viter que des personnes potentiellement dangereuses faute de pouvoir ĂŞtre prises en charge dans des structures spĂ©cialisĂ©es ne se retrouvent dans la nature. Si un expert psychiatre me lit qu’il n’hĂ©site pas Ă  me contredire.

On notera que l’ensemble des personnes interrogĂ©es s’accorde pour souligner le manque de moyens mis Ă  leur disposition et la nĂ©cessitĂ© de mieux prĂ©parer les dĂ©tenus Ă  leur libĂ©ration, l’expĂ©rience dĂ©montrant qu’une sortie bien prĂ©parĂ©e Ă©tait de nature Ă  rĂ©duire sensiblement les risques de rĂ©cidive.

Enfin, l’analyse des rĂ©ponses apportĂ©es au questionnaire permet de mettre en avant la nĂ©cessitĂ© de n’user de la dĂ©tention qu’en dernier recours en multipliant les alternatives Ă  l’emprisonnement. Les juges de l’application des peines et les travailleurs sociaux mettent en avant l’efficacitĂ© de ces alternatives pour autant que les moyens leur soient donnĂ©s de les mettre en place.

Après avoir exposĂ© les rĂ©sultats de cette enquĂŞte, l’OIP a organisĂ© des dĂ©bats un peu partout en France pour en discuter et tenter de sensibiliser la population. J’ai pu assister Ă  l’un d’entre eux Ă  Pontoise regroupant magistrats, avocats, personnel pĂ©nitentiaire et mĂŞme un ancien dĂ©tenu. J’avoue avoir Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris par les prises de position du directeur de la maison d’arrĂŞt d’Osny (95) très progressistes sur l’ensemble des questions Ă©voquĂ©es. L’intervention d’un ancien dĂ©tenu (acquittĂ© par la Cour d’assises) fĂ»t Ă©galement un moment poignante.

Une dĂ©claration a Ă©tĂ© publiĂ©e mettant l’accent sur la nĂ©cessitĂ© d’une grande loi pĂ©nitentiaire avec 10 propositions:

- Que cette loi consacre la peine privative de liberté comme une sanction de dernier recours, lorsque la gravité de l’infraction rend toute autre sanction ou mesure manifestement inadéquate.

- Que cette loi consacre le fait que les personnes dont l’état de santé, psychique ou physique, est incompatible avec la détention doivent être libérées. Le cas échéant, l’Etat doit veiller à mettre en place des structures propres à l’accueil de ces personnes. En particulier, les auteurs d’infraction souffrant de graves troubles psychiatriques doivent être pris en charge dans des structures de soins adaptées à leur traitement et assurant la sécurité de leur personne et des tiers.

- Que cette loi consacre le respect de l’Etat de droit en prison. Les règles en vigueur au sein de l’institution carcérale se doivent d’être conformes aux principes d’une société démocratique.

- Que cette loi consacre la reconnaissance de l’ensemble des libertés et droits fondamentaux des personnes détenues, à l’exception de la liberté d’aller et venir, et des droits qu’une décision de justice leur aurait retirés.

- Qu’en conséquence, cette loi organise et garantisse l’exercice du droit à la santé, à l’hygiène, au maintien des liens familiaux et des prestations sociales, à l’éducation, au travail, à la formation et à l’insertion sociale et professionnelle des personnes Etats généraux de la condition pénitentiaire détenues. La prison est partie intégrante du territoire de la République au sein de laquelle les missions des services publics s’exercent selon les normes du droit commun sous réserve des contraintes inhérentes à la détention. Ainsi, une personne détenue est-elle avant tout un patient, un travailleur ou un élève dans ses relations avec son médecin, son employeur ou son enseignant.

- Que cette loi établisse que les sanctions disciplinaires ne peuvent découler que d’une décision prise dans les conditions qui respectent le principe du procès équitable et susceptible de recours effectifs ; que l’exécution de ces sanctions assure le respect de
la santé et de la dignité de la personne du détenu.

- Que cette loi instaure un organe de contrôle extérieur assurant l’effectivité du respect des droits des détenus et auquel ces derniers peuvent s’adresser en cas de violation. Qu’en conséquence, cet organe ait notamment pour compétence le contrôle des conditions générales de la détention, de l’état des prisons, de l’application du statut du détenu, de l’exécution des politiques pénitentiaires. Qu’en conséquence, cet organe soit détenteur d’un pouvoir de contrôle permanent, de visite, d’évaluation, d’injonction, de recommandation, de publication de ses rapports.

- Que cette loi consacre le fait que l’anticipation, la préparation et l’accompagnement du détenu à la libération sont des missions fondamentales de l’administration pénitentiaire. Qu’en conséquence, soit établi le principe selon lequel la durée des peines l’emprisonnement doit prendre en compte les perspectives de réinsertion.

- Que cette loi consacre le principe d’évaluation par le Parlement des politiques pénitentiaires, nationales et locales, annuelles et pluriannuelles, notamment en ce qui concerne les conditions de détention et la réinsertion des détenus.

- Que cette loi reconnaisse l’importance du rôle de l’administration pénitentiaire et consacre le principe que la réforme des prisons requiert une prise en compte particulière de la condition des personnels pénitentiaires.

Aujourd’hui, l’OIP publie la position des diffĂ©rents candidats Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle quant aux rĂ©sultats de la consultation rĂ©alisĂ©e.

9 candidats s’expriment: Olivier BESANCENOT, Arlette LAGUILLER, Marie-George BUFFET, Dominique VOYNET, SĂ©golène ROYAL, François BAYROU, Corinne LEPAGE, Nicolas SARKOZY, Jean-Marie LE PEN.

7 d’entre eux soutiennent l’ensemble des propositions Ă©laborĂ©es par les Etats GĂ©nĂ©raux de la condition pĂ©nitentiaire, Nicolas Sarkozy fait des propositions alternatives, Jean-Marie Lepen les rejette et Philipe de Villiers n’a pas rĂ©pondu Ă  la demande de l’OIP.

On relèvera avec intĂ©rĂŞt que Nicolas Sarkozy Ă©voque tout d’abord le bilan de l’action des gouvernements de droite depuis plus de 10 ans, comme si finalement il avait besoin de se justifier. Il est le seul Ă  le faire, peut-ĂŞtre parce qu’il appartient au gouvernement d’aujourd’hui.

On notera aussi avec intĂ©rĂŞt qu’il reconnait que l’incarcĂ©ration ne doit ĂŞtre que l’ultime solution. J’ai pourtant souvenir de prises de positions bien plus radicales. Peut-ĂŞtre une nouvelle illustration du « changement » dont il nous a parlĂ© dans son discours de dimanche.

Je n’Ă©voquerai pas les rĂ©ponses des autres candidats qui finalement reprennent la dĂ©claration qui leur Ă©tait soumise (Jean-Marie Lepen Ă©tant l’exception). Je vous laisse vous faire votre avis.

J’avoue pour ma part que cette unanimitĂ© me dĂ©range un peu. En Ă©tant positif, on pourrait considĂ©rer qu’une sorte de consensus se dĂ©gage sur l’Ă©tat de nos prisons et sur ce qu’il faudrait faire pour amĂ©liorer la situation. C’est dĂ©jĂ  çà. Mais la question reste entière, ces beaux discours seront-ils suivis d’effet une fois les Ă©lections passĂ©es ? On peut s’interroger quand on sait que nombre de rapports avaient dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ© la situation des prisons en France sans que pour autant une action d’envergure ne soit menĂ©e.

Wait and see.

ps: Petit complément à lire

3 commentaires pour “La position des candidats Ă  l’election prĂ©sidentielle sur la nĂ©cessaire rĂ©forme du système pĂ©nitentiaire français”

  1. Gascogne dit :

    Nos politiques Ă©taient dĂ©jĂ  unanimes en 2000 suite au livre du Dr VASSEUR et se sont empressĂ©s d’inclure dans la loi du 15 juin 2000 une disposition permettant aux Ă©lus de visiter Ă  tous moments les Ă©tablissements pĂ©nitentiaires. Et qu’est-ce que ça a changĂ© ?

  2. zadvocate dit :

    C’est bien ce qui me fait peur et ce d’autant plus que si l’unanimitĂ© existe ou presque chez les acteurs judiciaires et pĂ©nitentiaires, je ne suis pas sur que l’amĂ©lioration des conditions de vie soit très vendeur auprès du français moyen.

    On a encore trop en tĂŞte l’idĂ©e que la prison s’est avant tout fait pour punir voir pour faire souffrir ceux qui ont fait souffrir.

    L’idĂ©e de la vengeance est encore bien prĂ©sente dans l’esprit de beaucoup.

    Quand on sait ce que certains sont près à faire pour être élu, il faudra beaucoup de volonté et de courage politique pour faire passer le message.

  3. Thomas Guenole dit :

    Concernant l’Ă©tat des prisons françaises, j’ai Ă©crit sur mon blog un article qui analyse plus particulièrement deux problèmes : la surpopulation des maisons d’arrĂŞt, et l’absence de soins aux dĂ©tenus souffrant de troubles mentaux. Avec, dans les deux cas, des pistes pour rĂ©gler ces problèmes.

    Le lien :
    http://grozbulles.hautetfort.com/archive/2007/05/17/article-dossier-la-france-a-honte-de-ses-prisons.html

    Amicalement,

    Thomas Guénolé

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