L’audition d’un jeune homme ordinaire ?
Aujourdâhui a eu lieu lâaudition du Juge Burgeaud par la Commission dâenquĂȘte parlementaire dĂ©signĂ©e pour analyser et tirer les enseignements de « lâaffaire Outreau ».
Je nâai malheureusement vu quâune partie de cette audition, celle consacrĂ©e aux questions des dĂ©putĂ©s au Juge. Et je dois dire que ce que jâai vu mâa rassurĂ© (tout du moins sur certains points). Car depuis les acquittements prononcĂ©s, depuis quâon sâinterroge sur les responsabilitĂ©s de ce fiasco, il mâa semblĂ© que lâon sâattachait uniquement au rĂŽle du Juge Burgeaud en oubliant les autres intervenants.
Lui que les acquittés ont décrit comme arrogant, sûr de lui, trop sûr de lui est apparu finalement comme un homme ordinaire, accablé et digne.
Je nâai nullement lâintention de dĂ©fendre ce magistrat (il est dĂ©jĂ assistĂ© de deux avocats expĂ©rimentĂ©s) mais jâai eu le sentiment que cette audition permettait de remettre les choses en perspective et de rĂ©tablir un Ă©quilibre perdu dĂšs la mise en place de cette commission.
AprĂšs la vive Ă©motion suscitĂ©e par les auditions des acquittĂ©s, du traitement de cette Ă©motion par la presse, il Ă©tait Ă craindre que lâaudition du juge ne tourne au lynchage. LibĂ©ration Ă©crivait dâailleurs aujourdâhui « Le juge Burgaud, dont l’instruction de l’affaire d’Outreau a focalisĂ© les critiques, sera sur le gril pour s’expliquer sur cette catastrophe judiciaire ».
Certaines questions posĂ©es au magistrat notamment par le rapporteur de la Commission sont dâailleurs allĂ©es dans ce sens. Ainsi lorsque prĂ©tendant le questionner sur sa technique dâinterrogatoire, lâauteur de la question a donnĂ© lâimpression de vouloir refaire le procĂšs en Ă©voquant le contenu de certains procĂšs-verbaux laissant sous entendre que le juge avait soufflĂ© une rĂ©ponse Ă Madame BADAOUI.
Peine perdue malgrĂ© son insistance, le rapporteur nâobtiendra pas dâaveu mais une rĂ©ponse simple et argumentĂ©e.
Globalement, cette audition aura fait apparaßtre un magistrat certes fébrile mais finalement tellement humain.
Chose intĂ©ressante, il ne sâest nullement defaussĂ© sur les autres acteurs de cette affaire et notamment la chambre de lâinstruction de la Cour dâAppel de Douai qui a validĂ© la plupart de ses dĂ©cisions ou celle du Juge des LibertĂ©s et de la dĂ©tention. Ca aurait Ă©tĂ© pourtant facile.
Il semble prĂȘt Ă assumer sa part de responsabilitĂ© mĂȘme si certaines de ses rĂ©ponses Ă©taient embarrassĂ©es.
Et voila que lâĂ©quilibre est Ă mon sens rĂ©tabli, ce qui me conforte dans lâidĂ©e quâon ne peut vraiment juger une situation quâen ayant tous les points de vue (en prĂ©cisant que restent Ă entendre dâautres magistrats notamment ceux de Douai). Ca peut paraĂźtre un lieu commun mais si vite oubliĂ© par certains ces derniers temps.
Bien Ă©videmment la rĂ©action des acquittĂ©s est toute diffĂ©rente de la mienne, ce qui est assez logique mĂȘme si certains ont rĂ©ussi Ă prendre du recul pour concevoir que le Juge Burgeaud nâest pas le seul responsable de leur malheur.
Pour finir, un petit commentaire relevĂ© sur le forum de LibĂ©ration (non ça nâest pas ma page dâaccueil, je vous assure ï) :
« France2, 20 h 10 : Ă l’image, une Karine Duchochois se presse en diffĂ©rĂ©e. L’audition n’est pas terminĂ©e mais elle n’en peut plus. « fatiguĂ©e, ecoeurĂ©e» dit-elle. Et en retard ? la rĂ©ponse est Ă une chaĂźne de lĂ : invitĂ©e du 20 heures de TF1… Il est 20 h 15.
Je vous conseille également cet article à paraßtre dans Le Monde du 9 février 2006.
9 fĂ©vrier 2006 à 17:35
Sommes-nous nombreux Ă partager lâanalyse sur la personnalitĂ© et l’attitude du juge Burgeaud exposĂ©e dans lâarticle intitulĂ© » l’audition d’un jeune homme ordinaire » Ă laquelle on pourrait ajouter le mot de courage ? Par l’effet des mĂ©dias qui vivent « d’Ă©motionnel » plus que de « rationnel » autant que par la prise de position quasi unanime des dĂ©putĂ©s convaincus par avance qu’ils ont plus Ă juger la Justice qu’Ă remettre en cause les lois qu’ils ont votĂ©es pour la faire appliquer, je crains fort que nous nous Ă©loignons Ă grand pas d’une conclusion sereine de cette commission. Car ici et par elle, plus que la remise en cause dâun (dys) fonctionnement, c’est le rĂŽle mĂȘme de la Justice qui est dĂ©jĂ remis en question ; Une Justice qui parce quâelle se sait humaine, inĂ©luctablement, irrĂ©vocablement humaine, tragiquement subjective en ses apprĂ©ciations, ses analyses, ses dĂ©marches, ses jugements incluant le jury populaire, nâenseigne pas de plus en ses Ă©coles aux magistrats Ă faire « appel » au cĆur, Ă leur bon cĆur, Ă leur affectivitĂ©. Câest pourtant bien, ignorants ou feignants dâignorer le fondement mĂȘme de cette Justice comme ses conditions et ses moyens dâexercice dont ils sont pleinement responsables, ce que les membres de cette Commission ont reprochĂ© au juge Burgeaud : ne pas avoir fait appel Ă son cĆur. Notre Justice chavire. Elle ne sera plus seulement subjective. Elle se devra dĂ©sormais dâĂȘtre compassionnelle. Ceux quâelle convoquera en ses instances ne seront plus seulement des prĂ©sumĂ©s innocents aprĂšs avoir Ă©tĂ© des coupables prĂ©sumĂ©s, ils seront dorĂ©navant des victimes potentielles de âŠla Justice. A se demander si la mission de celle-ci sera toujours de dĂ©fendre la veuve et l’orphelin ou… de protĂ©ger les mis en accusation, les gardĂ©s Ă vue, les mis en examen de magistrats a priori suspects, toujours suspects de leurs dĂ©cisions et pour contrebalancer une politique de la responsabilitĂ© qui a fait et fait honneur Ă leur charge, doutant, toujours doutant et systĂ©matiquement, pour rĂ©pondre Ă une bien pensante culture du doute.
9 fĂ©vrier 2006 à 20:23
Certes, humain, trop humain peut ĂȘtre ! quoi quâil en soit ce qui mâa aussi attirĂ© mon attention, ce sont aussi les insuffisances des auxiliaires de justice qui sont intervenus dans ces affaires. Je vise ici donc le fonctionnement du barreau de Boulogne et de la « permanence pĂ©nale » qui semble-t-il nâexiste pas.
Ce faisant, mon propos nâest pas de dĂ©nigrer une profession essentielle au bon fonctionnement du service public de la justice, mais il me semble que dans ce dossier Outreau, il serait par trop simpliste que de ne viser que le corps de magistrature, en Ă©cartant les services sociaux, la partialitĂ© de certains experts, etc.
Je pense donc, que le CNB aura tout intĂ©rĂȘt Ă remettre en cause, un certain nombres de pratiques et dâattitudes professionnelles.
Bon courage
10 fĂ©vrier 2006 à 0:29
Je n’ai pas pu voir les auditions des confrĂšres intervenus dans cette affaire mais il est clair qu’un avocat quoi qu’il en dise Ă son rĂŽle Ă jouer dans une instruction.
Il est vrai qu’il a un rĂŽle parfois passif, de surveillance. Mais tout de mĂȘme, rien ne l’empĂȘche de faire du bruit. Or ce qui m’interpelle c’est que je n’ai pas souvenir (mais je me trompe peut-ĂȘtre) d’avoir entendu les confrĂšres pendant l’instruction s’insurger contre ce juge, ou plutĂŽt ces juges.
Certains acquittĂ©s ont d’ailleurs dĂ©noncĂ© le comportement trop passif de leurs avocats qu’ils ont parfois dĂ©barquĂ©.
Ce qui fait peur au final, c’est de se rendre compte que la machine s’est enrayĂ©e Ă tous les niveaux. Car on pourrait comprendre qu’un homme commette une erreur, voire la provoque. Mais dans ce cas prĂ©cis, ce sont des 10aines de personnes qui sont passĂ©es Ă cĂŽtĂ© de la plaque.
15 fĂ©vrier 2006 à 20:08
Pour avoir regardĂ© une bonne partie de l’audition, je suis entiĂšrement et parfaitement d’accord avec vous. Et je pense que l’on rate le meilleur en se focalisant sur le juge d’instruction. L’audition du procureur le lendemain apportait nettement plus de rĂ©ponses. Il faudrait pouvoir tout regarder, sans haine, ni colĂšre, pour se faire une idĂ©e.
Mais d’ores et dĂ©jĂ je suis infiniment plus choquĂ© par le sentiment d’impunitĂ© de la police, les humiliations et les mauvais traitement, par le fonctionnement des prisons, que par l’attitude de la justice. Je pense que l’on se trompe (encore!) de combat.
Au passage, « defossĂ© » s’Ă©crit en rĂ©alitĂ© « dĂ©faussĂ© » (de faux et non de fosse).
Amicalement
20 fĂ©vrier 2006 à 11:32
Oh mon dieu, les joies de l’Ă©criture informatique
Je ne sais si je suis le seul mais j’ai remarquĂ© que je faisais des fautes parfois Ă©normes en tapant au clavier que je ne fais pas lorsque j’Ă©cris avec ma plume.
Je corrige !!