Le fisc et l’adn au service de Nicolas Sarkozy ?
Relisant l’édition du Monde en date du 23 janvier qui traînait à la maison, je m’aperçois que Nicolas Sarkozy explique que sa déclaration de revenus est établie par les services fiscaux eux-mêmes au motif qu’il a été ministre des finances (en 1993).
Il soutient que c’est le cas pour tous les anciens ministres des finances. (Le Monde du 31 janvier nous apprend que certains d’entre eux ont publiquement et formellement démenti ce point, d’autres le démentant sous couvert de l’anonymat).
Je ne sais si c’est le cas mais si l’usage existe, il est condamnable. Que dire s’il n’existe pas.
Condamnable en effet car il consiste Ă permettre Ă un homme public de disposer des moyens de l’Etat pour des besoins personnels et privĂ©s. A mon sens, un ministre mĂŞme en fonction n’est qu’un contribuable comme les autres soumis au respect de la loi et des procĂ©dures fiscales. Savoir que ce sont nos impĂ´ts qui servent Ă rĂ©munĂ©rer un fonctionnaire pour qu’il Ă©tablisse entre autre la dĂ©claration fiscale d’un ministre n’est guère satisfaisant.
On prĂ©fĂ©rerait voir le fonctionnaire en question s’occuper des gens qui n’ont ni les connaissances ni les moyens de remplir eux mĂŞme leur dĂ©claration et qui tous les ans se rendent dans leur centre des impĂ´ts pour qu’on les aide dans cette dĂ©marche. La file d’attente serait peut-ĂŞtre moins longue.
Cela Ă©tant, il faut remarquer que cet usage Ă des avantages indĂ©niables. Les bĂ©nĂ©ficiaires Ă©conomisent le coĂ»t de l’intervention d’un conseiller fiscal ou d’un expert-comptable. C’est aussi très pratique pour Ă©viter un redressement fiscal. Car soyons franc, l’administration fiscale oserait-elle entreprendre de redresser un contribuable dont elle effectue la dĂ©claration ? Sauf Ă vouloir redresser des erreurs qui lui sont imputables, ça paraĂ®t difficilement concevable. En cas de redressement l’intĂ©ressĂ© n’aura qu’à mettre en cause la responsabilitĂ© de l’administration fiscale.
Sans compter qu’au delà de simples erreurs dans la déclaration, on pourrait facilement imaginer qu’on puisse sous évaluer le patrimoine du déclarant au regard par exemple de l’ISF.
Qui ira contrĂ´ler ?
Alors attention, je ne dis pas que c’est le cas de Monsieur SARKOZY. Mais la pratique est tout de même critiquable.
Comme quoi avoir été ou être ministre ça a du bon.
Autre illustration récente.
Lorsque l’un des fils SARKOZY se fait voler son scooter Ă Neuilly, les services de Police mettent en oeuvre des moyens exceptionnels pour confondre les 3 individus suspectĂ©s du vol.
Des tests ADN et des relevĂ©s d’empreinte ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s sur l’engin afin d’identification des voleurs.
Sur le principe, on ne peut qu’approuver que les services de Police mettent de tels moyens en oeuvre pour apprĂ©hender des dĂ©linquants (qui au surplus ont reconnu ĂŞtre les auteurs du vol). Dans la pratique, on peut toutefois s’Ă©tonner de l’usage de tels moyens dans une affaire de ce type.
Allez donc dĂ©poser plainte pour le vol de votre scooter sans avoir aucun Ă©lĂ©ment Ă fournir aux enquĂŞteurs sur les circonstances du vol, le signalement des voleurs … Au commissariat, on enregistrera votre plainte et on vous conseillera de vous tourner vers votre assureur, pour peu que vous en ayez trouvĂ© un qui assure le vol. Ensuite votre plainte rejoindra celles d’autres motocyclistes.
Loin de moi l’idĂ©e de penser que les services de Police nĂ©gligent ce genre de dĂ©linquance mais il faut bien reconnaĂ®tre que sans aucun Ă©lĂ©ment concret pour enquĂŞter, ils attendront souvent que votre vĂ©hicule refasse surface Ă l’occasion d’un contrĂ´le routier ou encore de la commission d’une autre infraction.
Pour information, 10% seulement des vols de deux roues déclarés sont élucidés (85166 vols en 2005).
En 9 annĂ©es de pratique professionnelle, je n’avais encore jamais vu qu’il soit procĂ©dĂ© Ă des tests ADN pour retrouver le « simple » voleur d’un scooter. De tels examens sont gĂ©nĂ©ralement rĂ©servĂ©s, notamment du fait de leur coĂ»t, aux procĂ©dures criminelles, aux procĂ©dures de dĂ©linquance organisĂ©e et aux infractions Ă caractère sexuel.
Alors est-ce un policier particulièrement zĂ©lĂ© qui a dĂ©cidĂ© de solliciter du parquet la possibilitĂ© de rĂ©aliser ces tests ? Peut-ĂŞtre mais j’ai comme un doute. C’est en tout cas ce qu’on affirme du cĂ´tĂ© des services de Police en indiquant que l’enquĂŞte a Ă©tĂ© menĂ©e en usant des moyens habituels (sic).
Pourtant le 1er aoĂ»t 2001, le parlement a votĂ© la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) entrĂ©e en vigueur en janvier 2006 dont l’objectif est une gestion plus dĂ©mocratique et plus performante des finances publiques. Dans ce cadre, le Ministère de la Justice a pour objectif de rĂ©duire le coĂ»t de la Justice tout en amĂ©liorant sa qualitĂ©.
Or cela passe entre autre par une maĂ®trise de ce qu’on appelle les frais de justice qui regroupent notamment en matière pĂ©nale :
- Les indemnitĂ©s payĂ©es aux jurĂ©s d’assises
les honoraires et indemnités accordés aux interprètes
les émoluments et indemnités accordés aux huissiers
les frais de fourrière
les frais d’opĂ©rateur tĂ©lĂ©phonique (Ă©coutes)
les examens toxicologiques et biologiques
les examens psychiatriques et/ou psychologiques
les autres examens médicaux
les expertises dites non tarifées
…
Ainsi alors qu’auparavant il était possible de prescrire sans compter ni trop surveiller des investigations payées sur frais de justice, aujourd’hui chaque juridiction (au niveau des Cours d’appel) se voit allouer une enveloppe limitée dont elle doit se satisfaire.
Dans ce nouveau cadre, j’ai du mal à concevoir qu’un magistrat du parquet ait donné de sa propre initiative instructions pour qu’il soit procédé à des tests ADN assez coûteux pour ce type d’affaire.
Sur l’année 2005, les examens génétiques représentaient 6% des frais de justice en matière pénale (le plus gros poste de dépense restant les écoutes téléphoniques avec 19% soit 95 millions d’euros environ).
Doit-on en déduire que l’identité du propriétaire du scooter n’est pas étrangère à des investigations si poussées ? Doit-on se réjouir qu’avec Nicolas Sarkozy Ministre de l’intérieur de savoir, désormais chaque vol de scooter fera l’objet de la même attention ?
A vous de juger.
23 fĂ©vrier 2007 à 17:08
Pour le service du fisc, je suis entièrement d’accord avec vous.
Pour les tests ADN, je pense que c’est lĂ©gèrement diffĂ©rent : lorsque l’on s’en prend Ă une personnalitĂ© (en particulier le prĂ©sident de la RĂ©publique, le premier ministre ou le ministre de l’intĂ©rieur), Ă leurs familles ou Ă un bien leur appartenant, l’enquĂŞte de police doit vĂ©rifier si l’atteinte visait le bien ou la personne physique ou la personnalitĂ© et ce qu’elle reprĂ©sente.
Donc, si ce scooter avait appartenu au fils du prĂ©fet de police ou du maire de Paris, l’enquĂŞte aurait Ă©tĂ© la mĂŞme.
De la même manière, il y a eu une enquête de la DRG de la PP sur les voisins du QG de compagne de Nicolas SARKOZI ou de Ségolène Royal.
21 juin 2007 à 20:17
@Raph
Le maire de Paris a un fils? Les homosexuels ont enfin le droit d’adopter?