Le retour du permis blanc ou comment mal informer ses lecteurs
Le 22 juin dernier, le Parisien a publiĂ© un article intitulĂ© « Le retour du permis blanc ». Le titre de cet article a probablement Ă©tĂ© choisi pour son caractère accrocheur mais certainement pas son exactitude juridique.
Un titre accrocheur en effet alors que de plus de plus de français voient leur permis de conduire annulé après avoir épuisé leur capital point en multipliant souvent les petites infractions au code de la route.
Reste que le titre est trompeur car inexact sur le plan juridique car si le permis blanc a bien existĂ© en droit français, il n’a jamais disparu. Il ne peut donc ĂŞtre de retour !
Il convient avant toute chose d’indiquer (ou rappeler) que « le permis blanc » est un dispositif qui permet aux magistrats chargĂ©s de juger les infractions au code de la route de suspendre le permis de conduire du prĂ©venu tout en lui laissant la possibilitĂ© de conduire pour les seuls besoins de son activitĂ© professionnelle.
Le permis blanc ne peut ĂŞtre ordonnĂ© que suite Ă une dĂ©cision de suspension judiciaire du permis de conduire et non en cas d’annulation du permis de conduire pour dĂ©faut de points.
Ce système permet la rĂ©pression et Ă©vite toutefois que la suspension de permis de conduire n’ait des consĂ©quences parfois dramatiques pour le condamnĂ© mais aussi par ricochet pour sa famille.
Toutefois en 2003, notre PrĂ©sident d’aujourd’hui, Ministre de l’IntĂ©rieur de l’Ă©poque a soumis au parlement un texte visant Ă lutter contre la dĂ©linquance routière.
La Loi n°2003-495 du 12 juin 2003 renforçant la lutte contre la violence routière a notamment exclu du bĂ©nĂ©fice du « permis blanc » un certain nombre d’infractions parmi les plus graves (des dĂ©lits).
C’est donc Ă compter de l’entrĂ©e en vigueur de ce texte qu’il est devenu impossible de solliciter des juges un permis blanc pour les infractions suivantes:
- délit de grand excès de vitesse (+50km/h en état de récidive).
- conduite sous le coup d’une suspension ou d’une annulation de permis
- refus de se soumettre au contrôle d’alcoolémie
- conduite en état d’alcoolémie (à partir de 0,40 mg/l d’air) ou sous conduite sous l’emprise de produits stupéfiant
- dĂ©lit de fuite avec mise en danger d’autrui.
Pour toutes les contraventions sanctionnĂ©es d’une suspension de permis de conduire (Ă l’exception de l’excès de grande vitesse), il est encore possible de solliciter le bĂ©nĂ©fice d’un permis blanc.
Alors me direz-vous pourquoi le Parisien évoque un retour du permis blanc ?
Avant tout pour vendre du papier mais surtout parce que le 13 mars dernier, le Conseil d’Etat en sa formation des rĂ©fĂ©rĂ©s a rendu un arrĂŞt qui semble prĂ©senter un intĂ©rĂŞt particulier pour les personnes ayant vu leur permis de conduire annulĂ© faute de points.
Le cas traitĂ© est un classique du genre: Un professionnel de la route, en l’espèce un chauffeur de taxi, se voit notifier par le PrĂ©fet l’annulation de son permis de conduire après avoir commis 11 infractions au code de la route qui ont ramenĂ© son capital point Ă zĂ©ro.
Le permis de conduire Ă©tant son outil de travail, il saisit un avocat qui va se charger de saisir le Tribunal administratif d’un recours contre la dĂ©cision du PrĂ©fet. Parallèlement, son conseil prĂ©sente une demande de suspension de la dĂ©cision attaquĂ©e devant le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s.
A ce stade une prĂ©cision s’impose. Le recours engagĂ© contre la dĂ©cision du PrĂ©fet ne suspend pas cette dĂ©cision. Cela signifie qu’en thĂ©orie, la dĂ©cision d’annulation du permis de conduire s’applique pendant toute la procĂ©dure devant le Tribunal administratif. Or la justice administrative Ă©tant ce qu’elle est, une procĂ©dure devant le tribunal administratif dure plusieurs annĂ©es.
On comprend très vite qu’entreprendre un recours contre une telle dĂ©cision perd de son intĂ©rĂŞt s’il faut attendre 3/4 ans pour Ă©ventuellement obtenir gain de cause. Entre temps, notre chauffeur de taxi aura dĂ©jĂ repassĂ© son permis.
C’est pourquoi le lĂ©gislateur a prĂ©vu la possibilitĂ© de solliciter auprès du juge des rĂ©fĂ©rĂ©s administratifs la suspension de la dĂ©cision contestĂ©e dans l’attente du jugement au fond. On parle d’un rĂ©fĂ©rĂ©-suspension qui est prĂ©vu par l’article L.521-1 du Code de justice administrative:
Article L521-1
Quand une dĂ©cision administrative, mĂŞme de rejet, fait l’objet d’une requĂŞte en annulation ou en rĂ©formation, le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exĂ©cution de cette dĂ©cision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait Ă©tat d’un moyen propre Ă crĂ©er, en l’Ă©tat de l’instruction, un doute sĂ©rieux quant Ă la lĂ©galitĂ© de la dĂ©cision.
Lorsque la suspension est prononcĂ©e, il est statuĂ© sur la requĂŞte en annulation ou en rĂ©formation de la dĂ©cision dans les meilleurs dĂ©lais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu’il est statuĂ© sur la requĂŞte en annulation ou en rĂ©formation de la dĂ©cision.
Plusieurs conditions strictes doivent ĂŞtre remplies pour satisfaire aux exigences du texte:
- il faut avoir saisi le tribunal d’une demande au fond.
- soutenir un argument laissant douter de la légalité de la décision attaquée.
- l’urgence.
Et c’est la que l’arrĂŞt du 13 mars prend tout son intĂ©rĂŞt. En effet, les juges administratifs ont toujours Ă©tĂ© très restrictifs en examinant les demandes de rĂ©fĂ©rĂ©-suspension en matière d’annulation de permis de conduire notamment quant Ă la condition de l’urgence.
Nombre de demandeurs ont fait plaider la gravitĂ© des consĂ©quences de l’annulation de leur permis sur leur situation professionnelle.
Mais les juges leur opposaient souvent les impĂ©ratifs de sĂ©curitĂ© routière en expliquant qu’un individu qui a commis un nombre important d’infractions au code de la route en un laps de temps rĂ©duit devait en assumer toutes les consĂ©quences.
Il Ă©tait donc quasiment illusoire d’obtenir en rĂ©fĂ©rĂ© la suspension de la dĂ©cision du PrĂ©fet.
L’arrĂŞt du 13 mars 2009 semble inflĂ©chir cette position car bien qu’il soit relevĂ© 11 infractions au dĂ©bit de notre chauffeur de taxi, le Conseil dĂ©cide de suspendre la dĂ©cision d’annulation de son permis de conduire au regard de sa situation professionnelle.
Il peut donc continuer de conduire dans l’attente du jugement du tribunal au fond.
Reste Ă savoir si d’autres dĂ©cisions de ce genre suivront. Ce serait une bonne nouvelle pour tous les automobilistes et professionnels de la route qui au fil de milliers de kilomètres Ă l’annĂ©e risquent de commettre sans ĂŞtre des fous du volant des infractions ramenant leur capital point Ă zĂ©ro.
J’espère que ces quelques explications vous auront permis de comprendre, contrairement Ă ce qu’on a voulu vous faire croire, que le permis blanc n’est pas de retour.