Le retrait de plainte est sans consĂ©quence sur l’action publique
Carla Bruni-Sarkozy dans une tribune publiée dans Le Monde affirme que son mari a retiré la plainte déposée pour faux et usage de faux à la suite des affirmations publiées sur le site du Nouvel Observateur à propos du fameux SMS que notre président aurait envoyé à Cécilia juste avant son mariage avec Carla (ouf !).
Carla Bruni-Sarkozy affirme ainsi que l’affaire du SMS est close. Le site du Parisien lui emboite le pas . On peut ainsi lire :
Le retrait de cette plainte devrait entraĂ®ner la clĂ´ture de cette enquĂŞte, a estimĂ© une source judiciaire, selon laquelle le retrait de plainte n’avait pas Ă©tĂ© enregistrĂ© mercredi matin. «Si les personnes choquĂ©es par ce SMS disent que les excuses sont satisfaisantes, on pourrait aller vers un classement sans suite. Si on a ce retrait de plainte, on en tiendra compte», a affirmĂ© cette source.
Il est peut-être important d’apporter quelques précisions car à lire Le Parisien, il suffirait que Nicolas Sarkozy « retire » sa plainte pour que l’affaire soit classée sans suite.
D’un point de vue juridique, cela est inexact.
En effet, il convient de rappeler que le Procureur de la RĂ©publique est chargĂ© de veiller Ă l’application de la loi dans l’intĂ©rĂŞt de tous.
Il intervient dans l’intérêt collectif et non pour satisfaire les intérêts personnels de la victime qui dépose plainte. L’idée sous-jacente est la confiscation de la vengeance privée au profit de la puissance publique.
Lorsqu’il est saisi d’une plainte (et mĂŞme sans ĂŞtre saisi d’une plainte) il se doit de rechercher si des Ă©lĂ©ments pouvant caractĂ©riser une infraction sont rĂ©unis et dans une telle hypothèse en trouver l’auteur et le prĂ©senter ensuite Ă la juridiction compĂ©tente pour le juger.
Le Parquet dispose Ă ce titre du principe d’opportunitĂ© des poursuites. Cela signifie que seul le Procureur de la RĂ©publique peut dĂ©cider de poursuivre ou de ne pas poursuivre une infraction et son auteur. Il n’a aucune obligation d’accomplir un acte de poursuite.
Le « retrait de plainte » quant à lui n’a aucune existence juridique ou plus exactement le fait qu’une victime ne souhaite pas ou plus se constituer partie civile n’a aucune influence directe sur le sort d’une procédure pénale.
Il est par exemple très fréquent qu’une femme victime de violences conjugales après avoir déposé plainte préfère ne pas aller plus loin, soit en indiquant aux services de Police qu’elle retire sa plainte, soit en ne se présentant pas à l’audience de jugement sauf pour soutenir son mari.
Mais cela n’empêche en rien que le Procureur de faire citer le mari violent devant le Tribunal correctionnel s’il estime que les faits initialement dénoncés constituaient bien une infraction.
Autrement dit, une procédure pénale dès lors qu’elle est engagée peut aller à son terme quand bien même la victime ne le souhaiterait pas.
La position de la victime n’est qu’un Ă©lĂ©ment parmi d’autres dont le Procureur peut tenir compte lorsqu’il doit dĂ©cider de l’orientation d’un dossier.
Dans l’affaire qui occupe la presse, en théorie, il importe peu que Nicolas Sarkozy renonce à sa plainte. Le parquet pourrait très bien mener son enquête à terme et décider d’engager des poursuites contre le journaliste auteur de l’article incriminé et contre le site qui l’a publié pour autant qu’il estime qu’une infraction a bien été commise.
Le Tribunal correctionnel serait alors saisi du dossier à charge pour lui de juger l’affaire.
Dans la réalité, il semble que le parquet usera de son pouvoir d’opportunité et classera l’affaire.
Il faut dire aussi qu’Ă lire les dĂ©clarations du Procureur de la RĂ©publique de Paris rapportĂ©es dans la presse, le parquet n’Ă©tait pas enclin Ă pousser les investigations très loin. Il a ainsi Ă©tĂ© indiquĂ© qu’une expertise technique du tĂ©lĂ©phone de CĂ©cilia ne s’avĂ©rait pas indispensable. Curieux raisonnement alors que le journaliste incriminĂ© affirme la vĂ©racitĂ© du SMS litigieux alors que l’ex première dame en conteste l’existence tout comme l’auteur de plainte.
31 mars 2008 à 16:54
Le retrait de la plainte n’a pas de consĂ©quence sur l’AP, sauf si celui qui la retire est le chef de la chef des chef du chef du parquet, chargĂ© des poursuites…